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Départ de Jean-Jacques HUET : Regarder ailleurs à l’heure de la retraite

C’est le choix que vient de faire notre désormais ex-collègue et ami Jean Jacques HUET. Avec son départ à la retraite, l’AFL perd incontestablement l’un de ses pilliers. En effet, il aura exercé un peu plus de trois décennies au sein de l’institution, 36 années exactement dont une très grande partie à naviguer en permanence entre l’IME SESSAD Levavasseur à Saint Denis et l’IME du Baobab. Il aura été un des artisans, à l’époque, du nouvel établissement de Bras-Panon, tant dans la phase préparatoire à la construction que dans son pilotage opérationnel en qualité de directeur dès son ouverture en 2009 et ce, jusqu’en août dernier.

JPEG - 52.9 koLe Pôle DI-TSA ne pouvait rester insensible à ce départ tant Jean Jacques aura marqué de son empreinte l’IME-SESSAD de Saint Denis mais également celui du Baobab en gravissant au fil des années les divers échelons pour finir sa carrière en qualité de directeur adjoint du Pôle. A cet effet, nous avons organisé un pot de départ le jeudi 6 septembre dernier afin, certes, de célébrer cet évènement mais surtout souligner les nombreuses innovations dont il est à l’origine. A titre d’exemple : Contribution à la mise en oeuvre d’un mode de fonctionnement en villas correspondant déjà à l’époque à une démarche d’inclusion sociale, participation à la création du premier Sessad de l’île, promoteur de la vie relationnelle, affective et sexuelle de la personne en situation de handicap, animateur de la démarche sport adapté, co-pilotage du projet de Baobab ...etc.

JPEG - 30.1 koSes anciens collaborateurs de l’IME auprès desquels il a laissé des souvenirs impérissables lui ont témoigné toute leur amitié et sympathie dans les locaux de Baobab qui a été pendant de longues années, l’antre, le repaire de Jean Jacques, le lieu d’émergence de nombreux projets de développement pour l’institution.

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Le Président de l’AFL, Jean Francois LABARDE a tenu à lui rendre un vibrant hommage lors du Conseil d’Administration qui s’est déroulé le 31 août dernier. Il a mis l’accent sur le professionnalisme dont Jean Jacques a su faire preuve durant sa carrière, ses qualités relationnelles et humaines en l’illustrant par une anecdote du temps où Jean Jacques était éducateur auprès de sa fille.

  • A-t-il préparé sa nouvelle vie ?
  • Quel est son état d’esprit après avoir franchi ce nouveau cap ?
  • Quels sont les principaux évènements qui ont marqué son parcours professionnel ?
  • Et enfin, quels sont ses projets à court-moyen terme ? Gardera t-til un lien avec l’AFL ?

C’est ce que nous avons voulu savoir à travers l’interview qu’il a bien voulu nous accorder :

DB : Jean Jacques, dans quel état d’esprit tu te trouves avec ce départ à la retraite, avais tu préparé cette nouvelle aventure ?
La question que tu poses est liée certainement à la raison de mon départ de l’AFL qui peut paraître précipité. Je suis à moins de deux ans de la retraite. J’ai envie de me consacrer davantage à ma famille, à mon petit fils qui aura bientôt 2 ans.
Je me suis préparé à ce départ depuis plusieurs mois. Cependant, ça n’a pas été simple pour moi de me dire que je ne serai plus présent sur le terrain, que j’allais mettre fin à mon activité professionnelle au sein de l’AFL. C’était assez déroutant.
DB : Tu as effectué une très grande partie de ta carrière à l’IME, dont une dizaine d’années en qualité de Directeur. Quels sont les principaux évènements que tu retiendras de ce parcours marqué par de multiples innovations ?
Je souhaiterais remercier tous les équipes professionnelles pour ces années de collaboration. J’ai une pensée pour mes tous premiers collègues avec lesquels j’ai débuté au sein de l’AFL en 1982.
J’ai débuté à l’IMP « La Providence » en 1982 en tant que Moniteur Educateur, puis Educateur spécialisé en 1990, Chef de service en 1999, adjoint de direction en 2003 et directeur adjoint du pôle en 2015.
 
J’ai essentiellement exercé auprès d’un public déficients intellectuels et TSA. Mais j’ai participé à un niveau plus ou moins important à l’évolution de notre association. En 1982, l’AFL gérait 3 établissements spécialisés dans l’Ile. La Maison Notre Dame, La Pouponnière et L’IMP « La Providence ». Très rapidement l’IMP a pris son envol avec le premier SESSAD de l’Ile en 1984, suivi de 4 CLIS qui se sont mises en place en collaboration avec l’Education Nationale de 1984 à 1990.
En 1995, Après l’IME / SESSAD, j’ai participé à la rédaction du projet et à l’ouverture de L’IMPro « Les Bangas où j’ai travaillé en tant qu’éducateur. En 2000, j’ai collaboré au côté de plusieurs collègues encore présents aujourd’hui, à la rédaction du projet de regroupement en un IME de l’IMP / SESSAD « La providence » et de l’IMPro « Les Bangas » Puis comme vous le savez, il y a eu l’IME du Baobab.
Au niveau bénévolat, en 1987, j’ai contribué avec d’autres collègues à la mise en place du sport adapté dans l’Ile et de la ligue réunionnaise de sport adapté. En partenariat avec des familles et des professionnels qui n’ont jamais compté leur temps pour que se développent les activités physiques et sportives pour des enfants atteints de déficience intellectuelle, nous avons créé une association qui est en sommeil. Il s’agit de l’association dyonisienne de sport adapté dont le président est toujours M. LABARDE.
J’ai passé de bons moments avec tous les professionnels. Avec les familles je n’oublierai pas les journées sportives dans le cadre de l’association sportive sport adapté, les piques niques du CVS des deux IME. J’ai encore des contacts avec certaines familles de l’époque de l’IMP / SESSAD La Providence.
 
Avec les professionnels, la marche dans le cirque de Mafate avec les collègues de l’IMPro « Les Bangas », ainsi qu’un séjour en vacances de neige pour les adolescents, restent dans mes souvenirs.
 
En ce qui concerne l’IME Levavasseur, l’abandon du fonctionnement en villas me laisse un goût amer quand on sait toute l’énergie qu’on a mise en place pour la conformité de nos 13 villas de l’époque. Ce qui retient mon attention, c’est l’accompagnement des enfants avec TSA qui s’inscrit dans une diversité des dispositifs dont celui du Pédagogique, avec pour objectif les apprentissages scolaires et éducatifs des TSA dès leur plus jeune âge.
 
Au Baobab, le travail avant l’ouverture de la structure a été un temps fort porté par l’IME Levavasseur . Je retiens la formation des 15 personnels aux métiers d’AMP et de M.E., la rédaction du projet d’établissement, le suivi de la construction des locaux. La qualité du partenariat avec le Maire de Bras-Panon, l’association "Autisme Réunion" le "collectif AVEC", l’inauguration de la structure qui a été un temps fort pour tous les professionnels et une réussite me semble t-il. 
La qualité du partenariat dés le début avec les enseignants est à souligner, la détermination des professionnels face au défis qu’on s’était lancé à faire de cet IME une réussite. Pour l’accueil temporaire, les choses sont allés dans le sens qu’on attendait ; une modalité d’accueil pour le droit au répit des aidants, un complément de prise en charge avec des séjours planifiés pour permettre du répit au plus grand nombre de familles qui en fait la demande. Le point d’orgue a été les 5 places AT obtenues en semi-internat sur le nord / Est en 2017.
 
Pour Baobab, on peut regretter une difficulté chronique de l’embauche d’un médecin généraliste. Le fait de fonctionner en pôle nous a permis de pallier à nos carences en ce qui concerne le médical. Je remercie le Dr Patrick MAILLOT et le Dr Jean Daniel EVEN qui consacrent une partie de leur temps de travail de l’IME Levavasseur à Baobab. Le vieillissement prématuré de la structure nous a mis tous face à des difficultés dont nous étions loin d’imaginer à l’ouverture de l’établissement.
DB : Quel message as-tu envie de laisser à tes anciens collaborateurs de l’IME-SESSAD et d’une manière générale aux acteurs de l’AFL ?
Je remercierais jamais assez les directeurs successifs qui ont su me donner ma chance pour que j’évolue professionnellement. Ils m’ont fait confiance. Ils m’ont donné la possibilité de prendre des responsabilités, des décisions importantes.
Je citerais entre autres Alain MEDEA qui durant les années 1996 à 2014, m’a accompagné, coacher pour que je puisse accéder à des fonctions de cadres qui pour lui allait dans le sens de ce qu’il voulait pour nous tous ; qu’on évolue vers des postes plus importants.
Je remercie les familles, les professionnels qui ont été à mes côtés au quotidien, qui m’ont fait confiance et qui ont permis que je réussissent dans mon métier d’éducateur puis de cadre.
Je souhaite à tous de poursuivre avec réussite leur projet professionnel et personnel, de continuer à persévérer et à œuvrer pour la réussite des projets des bénéficiaires et de l’évolution de nos deux structures d’IME. Le médico social de demain ne sera pas une promenade de santé. Il vous faudra redoubler d’effort pour ne pas vous laisser distancer. On nous demande d’ajuster nos dispositifs et nos prestations aux situations les plus complexes avec SERAFIN PH, le PAG, le RAPT. Nous savons tous que cela ne se fera pas sans changement profonds du fonctionnement de tous les acteurs concernés de prés ou de loin aux situations complexes. Comme je l’ai dit à certains, la question de la qualité du partenariat et du réseau est posée. Avec nos partenaires, nous sommes encore trop souvent dans des logiques opposées voire contradictoires.
DB : Quels sont tes projets à court-moyen terme ?
Comme je l’ai souligné, mon projet à court terme, c’est passer plus de temps en famille, voyager, bricoler, reprendre le sport.
Si je devais de nouveau revenir dans le secteur, la condition sera l’intensité du travail demandé. Notre secteur est en plein évolution. Je n’ai plus les mêmes disponibilités physiques à m’engager efficacement au regard des nouvelles orientations du social et du médico social. Je ne serais pas très éloigné du secteur. Je pense qu’à un moment je répondrais à certaines sollicitations d’associations de parents qui oeuvrent en faveur des personnes déficiences intellectuelles et ou TSA.

Je terminerai par une citation de Gaston Berger , philosophe et haut fonctionnaire français :  « Demain ne sera pas comme hier. Il sera nouveau et il dépendra de nous. Il est moins à découvrir qu’à inventer »

Dominique Bonmalais

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