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KATSATSAKA

UN EXEMPLE DE COOPERATION REGIONALE

L’évolution des pratiques sociales, des dispositifs réglementaires est liée à un changement de représentation, à un renversement des choses. Ces représentations nous emprisonnent quelquefois dans des modèles traditionnels, nous empêchant d’en accompagner l’évolution. En échangeant avec nos voisins, nous nous rendons compte combien la « biodiversité associative » peut aider à renverser les représentations, parce que tout le monde n’a pas la même vision des choses.

Madagascar, Maurice…
L’antenne malgache de Handicap International a lancé en 2009 le projet TETIKASA, « Ensemble différemment ». Ce programme réunissait l’APEIM, une association mauricienne et l’ACBHM, l’APAJHMM et Malinjo, trois associations de Tananarive prenant en charge des enfants déficients intellectuels. En 2010, après un travail avec l’APEIM sur la professionnalisation de leurs salariés, Handicap International a invité l’Association Levavasseur à aider ces associations malgaches à construire leur projet d’établissement. Un nouveau lien s’est donc créé. Fin 2010, « Ensemble différemment » prenait fin, car les financements se terminaient. Les trois associations malgaches, nous ont demandé, si on pouvait continuer d’une manière ou d’une autre... Nous avons réfléchi à une coopération plus construite, notamment grâce aux nouvelles technologies de la communication qui facilitent les échanges.
Dessin de Jean-Jacques Argoud tenant un micro et un avec un lézard sur l'épaule

Mayotte…
Parallèlement et depuis 2004, l’association Levavasseur était jumelée avec l’association mahoraise TOIOUSSI qui prend en charge des enfants déficients intellectuels sur cinq centres à Mayotte, ainsi que des enfants polyhandicapés. Donc évidemment nous avons échangé des documents, des professionnels, et avons le projet d’organiser un jour des transferts de résidents, de rendre possible des voyages entre les enfants pris en charge par l’association TOIOUSSI et ceux pris en charge par l’association Levavasseur.

Comores, Rodrigues
TOIOUSSI qui avait des contacts avec une association des Comores, « Vie et Espoir », lui a proposé de rejoindre le réseau. L’APEIM qui avait quant à elle des contacts avec une association rodriguaise, l’association du frère Rémi, qui s’occupe de cas sociaux là-bas les a invités eux aussi à se joindre à nous.

Les membres du réseau KATSATSAKA  [1]
Ce réseau médico-social non lucratif de l’océan Indien a officiellement vu le jour en avril 2011. Il regroupe actuellement :
- l’ACBHM, association culturelle pour la bienfaisance des handicapés mentaux basée à Tananarive qui gère un établissement ;
- l’APAJHMM, association des parents et amis des jeunes handicapés mentaux de Madagascar ;
- MALINJO, « Reflets d’or »,troisième association malgache ;
- l’APEIM, association des parents des enfants inadaptés de Maurice ;
- l’association LEVAVASSEUR pour La Réunion ;
- l’association mahoraise TOIOUSSI,
- le centre horticole du frère Rémi basé à l’île Rodrigues.

Une vraie coopération régionale
Nous avons rédigé une convention cadre qui n’oblige personne à quoi que ce soit, mais qui affirme certaines choses :
- l’identité des acteurs. Elle est privée non lucrative, c’est-à-dire que nous ne sommes pas dans des relations commerciales, mais dans des relations de solidarité qui ont pour but de promouvoir ce qui fait les missions de chacune de ces associations donc : l’inclusion sociale, scolaire, professionnelle, la militance pour l’accès au droit au logement, à la formation, aux sports, à la culture, aux loisirs, à la vie affective, sexuelle et relationnelle aussi et au plein exercice de la citoyenneté des personnes handicapées.
- les engagements. Ils sont limités puisque les parties signataires s’engagent seulement à mettre en oeuvre des actions techniques de partenariat aux bénéfices réciproques de leurs usagers, pas aux bénéfices des associations elles-mêmes. Ces associations guident leurs actions par les valeurs du secteur privé non lucratif, puisque elles ont affiché cette identité et notamment la solidarité et le respect des personnes dans leur diversité.
- les modalités. Chaque action envisagée par une, deux ou trois associations membres se décline dans des fiches-actions fixant déjà des indicateurs qui permettront leur évaluation. Car il ne suffit pas de mettre en place, il faut après évaluer leur impact et leur efficacité.

Du médico-social, à l’écolo-social La prise en charge des personnes handicapées aujourd’hui se fait moins dans un travail sur leurs déficiences, puisqu’on a vu que ce qui fait le handicap, ce n’est pas la déficience elle-même, mais bien l’inscription de cette déficience dans un environnement. Et qu’est-ce que c’est que la science qui étudie les rapports d’une espèce avec son environnement ? Et bien c’est l’écologie. Réunion des associations ACBHM, APAJHMM, MALINJO-1 et LEVAVASSEUR : l’idée d’un réseau médico-social Océan Indien vient de germer…
J’invite donc les travailleurs sociaux à s’interroger et à s’intéresser sérieusement à ce qu’est l’écologie. Je pense que c’est là qu’est l’avenir du médico-social. Rapport des espèces à leur environnement, mais aussi rapport des espèces entre elles et avec elles-mêmes. Réunion dans le bureau du directeur Jean-Jacques Argoud “De gauche à droite : Jean-Jacques ARGOUD (DG Levavasseur), Monique RAMIARAMANANA (ancienne formatrice IRTS, interface Handicap International à Madagascar), Irène ALESSANDRI (DG APEIM), Mariot MINATCHY (cadre ESAT Tidalons)”

L’INCLUSION SCOLAIRE DANS L’OCEAN INDIEN
Katsatsaka a activement participé aux ateliers sur l’inclusion scolaire dans l’océan Indien organisés par le Centre International d’Études Pédagogiques (CIEP) les 14 et 15 novembre 2012 à l’Université du Tampon. Émanation de l’Éducation Nationale, le CIEP, dont la seule antenne hors de métropole est à La Réunion, a pour objectif de promouvoir la pédagogie de la culture et de la langue françaises. L’essentiel du travail de l’antenne réunionnaise se fait avec les pays de l’océan Indien.

Ces échanges peuvent nous aider à renverser les choses. Si l’on ne se place pas dans un rapport colonialiste Nord/Sud, ou dans une hiérarchie entre pays les plus développés et les moins développés, on a tous des leçons à prendre et des enseignements à donner les uns aux autres. Le manque de moyens a obligé les Comores, les Seychelles, Madagascar, même Maurice, à une imagination, une créativité dont La Réunion pourrait prendre de la graine. Évidemment, les associations de ces îles nous ont trouvé très nantis : comme le soulignait le représentant des Comores, le seul prix de sa chambre d’hôtel ici à La Réunion, représentait la prise en charge scolaire d’une année pour un enfant chez lui.
La scolarisation des jeunes en situation de handicap : quelques données chiffrées
Ces quelques chiffres n’ont aucune prétention à l’officialité, à l’exactitude, mais constituent des pistes de travail et donnent une idée des situations comparées dans nos différentes îles.
Représentants du réseau à l’Université de La Réunion, 15 novembre 2012
Population scolaire générale
- Les Comores : 6 000 pour une population de 738 000 habitants
- Madagascar : 5 650 300 pour une population 22,6 millions d’habitants
 73% des enfants d’âge primaire sont scolarisés
 23% de ceux d’âge collège
 6% de ceux d’âge lycée
- Maurice : 150 000 à 200 000 pour une population 1,3 million habitants
- La Réunion : 245 000 pour une population de 850 000 habitants
 1er degré : 49%
- Les Seychelles : 15 700 pour une population de 90 000 habitants
Nombre d’enfants handicapés
- Les Comores : non connu
- Madagascar : 3 046 (0,054%)
- Maurice : 1 600 ( 1%)
- La Réunion : 4 348 (+ 300 dossiers à l’étude ; 1,9 %)
- Les Seychelles : 106 ( 0,7%).
Non connu = pas de données disponibles
Indéterminé = non distingué de l’ensemble des jeunes handicapés
Nombre d’enfants handicapés scolarisés
- Les Comores : non connu
- Madagascar : 3 046 (distinction par type de trouble et non par niveau)
 2 287 selon les ministères
 759 élèves selon Handicap International
mais impossibilité d’identifier d’éventuels doublons.
- Maurice : 1800
- La Réunion : 4 348 (mais combien non scolarisés ?)
 1er degrés : 2032
 2nd degrés : 1429
 Unités d’enseignements : 887
- Les Seychelles : 33
Nombre de jeunes enfants handicapés non scolarisés
- Les Comores : non connu
- Madagascar : 27,5 % (source : Unicef, 2011)
- Maurice : non connu
- La Réunion : indéterminé
- Les Seychelles : non connu
Les structures de prise en charge
- Les Comores : non connu
- Madagascar : 27 719 écoles ordinaires dont 51 avec dispositif spécialisé et 32 centres
spécialisés
- Maurice : 43 écoles et 200 classes accueillent des élèves handicapés
- La Réunion : 480 écoles et 930 classes ordinaires + 18 Unités d’enseignements
- Les Seychelles : 27 écoles ordinaires + 3 écoles accueillent des élèves handicapés
Enseignants spécialisés
- Comores : non connu
- Madagascar :
 173 selon le Ministère de l’Education Nationale
 379 selon Handicap International qui inclut les AVS
- Maurice : 40 enseignants spécialisés (soit 1 pour 45 élèves)
- La Réunion : 150 (soit 1 pour 29 élèves)
- Les Seychelles : 3 (soit 1 pour 10 élèves)
Nombre d’enseignants ayant reçu au moins une journée de formation en 2011
- Comores : aucun
- Madagascar :
 146 selon le Ministère de l’Education nationale
 405 selon Handicap International
- Maurice : 70 au moins
- La Réunion : 200
- Les Seychelles : 23
Les perspectives, c’est de développer les partenariats, les coopérations. En tout cas, si il y a une mondialisation qui ne fera pas polémique, c’est bien la mondialisation des solidarités.

QUESTION – REPONSE
Marjorie Assani-Vignau : La représentation du handicap doit être très différente d’un pays à l’autre de l’océan Indien ?
Jean-Jacques Argoud : Il y a des différences, mais existent aussi des représentations individuelles, inconscientes et conscientes, et des représentations collectivement construites. Dans les représentations collectives, on a des représentations « corporatistes ». Ce sont des représentations positives ou négatives, qui se construisent par groupe de métiers à travers les échanges professionnels. Il y a bien sûr des représentations communautaires et là, cela renvoie à l’influence des cultures, des religions... et puis, des représentations sociales au sens très large. Elles sont en interactions les unes avec les autres, et la conclusion de l’atelier du CIEP, c’était de se dire que si l’on voulait vraiment bouger les choses en profondeur, il fallait d’abord travailler sur les représentations.
Mais les représentations ne sont pas si différentes que cela dans leur nature. C’était assez étonnant pour tout le monde. Ça va bien sûr de la négation du handicap à la méconnaissance.
Tout le monde a été unanime pour dire que quelquefois les religions, les cultures pouvaient induire une représentation du handicap comme étant la marque d’une faute, la punition d’un péché, mais pas tant que cela. Et puis c’est quelque chose qui est plus de l’ordre communautaire, et une fois que l’on sort de sa communauté, on peut s’en débarrasser assez facilement, en tout cas les professionnels doivent le prendre en compte et y travailler eux aussi. Si il n’y a pas de différence de nature dans les représentations du handicap, il y a une différence peut-être chronologique, c’est-à dire que selon l’évolution des sociétés, ces représentations évoluent.
On retrouve à La Réunion, selon le niveau d’éducation et de développement économique, socio-économique, les mêmes représentations qui sont à l’oeuvre dans d’autres sociétés.

Jean-Jacques Argoud – Directeur Général de l’association Frédéric Levavasseur

Site Katsasaka : http://katsatsaka.wordpress.com/

Notes

[11En malgache, c’est le nom d’un petit lézard très coloré, qui appartient à la famille des geckos. Toutes les îles de l’Océan Indien en héberge une ou plusieurs espèces, souvent endémiques.

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mercredi 1er mai 2013

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